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Médecine complémentaire : interview du Dr. Laurel Mc Ewen, anthropologue et ethnologue 28 juin 2019

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Interview du Dr. Laurel Mc Ewen qui vient de soutenir sa thèse de doctorat à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris, sur la relation entre médecine conventionnelle et médecine complémentaire dans la France contemporaine.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans vos travaux de recherche sur la Médecine Complémentaire en France ?

Je suis américaine mais j’ai passé 10 ans dans le système éducatif français, ce qui m’a donné une double vision américaine et française pour mes travaux de recherche.

Dans le cadre de mes travaux, j’ai réalisé une centaine d’entretiens avec des acteurs de la médecine conventionnelle et de la médecine complémentaire : des professeurs de faculté, des écoles privées de thérapeutes, des patients, des usagers, des syndicats professionnels, des autorités de santé et même avec un ancien ministre de la santé.

Pendant mes 4 ans de recherches, ce qui m’a le plus frappé c’est la rapidité avec laquelle le regard sur la médecine complémentaire a changé en France. Au début, quand je parlais de la médecine complémentaire, c’était presque un gros mot, mais à la fin de mes travaux, c’était considéré comme un réel sujet d’actualité. Il y a eu une vraie évolution en 4 ans de la perception de la médecine complémentaire.

Le second point qui m’a frappé, c’est que les médecines complémentaires en France sont beaucoup plus répandues, plus présentes qu’on ne le pense.

Photo Laurel Mc Ewen Iceps

source photo ICEPS 2019

Quelle est l’avance des Etats Unis ?

Les Etats-Unis ont au moins 10 ans d’avance sur la France. Dans les années 90 il y a eu les premiers cursus de Médecine Intégrative (MI) dans les facultés de médecine. L’idée était d’unir les meilleures pratiques complémentaires avec la médecine conventionnelle au travers de la recherche rigoureuse et de l’éducation. Ainsi la MI offre une meilleure prise en charge centrée sur le patient et non pas seulement sur la maladie.

Aujourd’hui aux Etats-Unis la MI est devenue une approche transversale de la santé. Elle permet une vision holistique axée sur le bien-être du patient en tenant compte des facteurs liés à tous les aspects de leur vie. La MI utilise et intègre des approches complémentaires diverses en collaboration avec la médecine conventionnelle. Ainsi le médecin travaille avec son patient pour sélectionner des combinaisons de soins les plus adaptés à leurs besoins. Cela crée des parcours de soins innovants combinant des traitements conventionnels (chirurgie, médications…) avec des pratiques d’hypnose, de Médecine Traditionnelle Chinoise, d’Ayurveda, de méditation, de qi gong, de yoga…

Comment la médecine complémentaire est-elle organisée aux Etats-Unis ?

Le NCCAM (National Center for Complementary & Alternative Medicine) créé en 1998, est devenu en 2015 le NCCIH (National Center for Complementary and Integrative Health). En effet, les « médecines complémentaires » représentent toutes les pratiques qui n’entrent pas dans la médecine conventionnelle. Cela reste une définition négative de ce qui n’est pas. Comment définir ce qui « n’est pas » la médecine conventionnelle ? Dans mon travail de terrain en France, cette définition négative était le blocage le plus souvent évoqué.

Cependant aux Etats-Unis le développement de la MI n’était pas complètement altruiste. La forte influence de sa vision capitaliste exige une amélioration continue de la satisfaction des clients, même dans les secteurs sanitaires et éducatifs. Cette logique capitaliste est l’un des facteurs clés de l’avancée des médecines complémentaires aux Etats-Unis. Cela malgré la difficulté de les définir et de les prouver dans l’approche d’evidence-based medicine*.

D’après vous, quels sont les freins au développement de la médecine complémentaire en France ?

La médecine conventionnelle reste très compartimentée, spécialisée. Or le contexte actuel est de plus en plus marqué par des maladies chroniques de longue durée. On doit prendre en charge le côté social et l’expérience de la maladie car chacun vit différemment la maladie. Par exemple, un cancer du sein est différemment vécu par une personne aisée et par une mère célibataire avec des enfants à charge.

On parle toujours du problème des preuves scientifiques, mais ce sont des prétextes. Au fond le vrai problème, c’est qu’en France on considère les médecines complémentaires comme opposées à la médecine conventionnelle. Donc on se retrouve avec deux idéologies. Deux façons dans la santé de conceptualiser le monde, le corps et notre relation avec le corps. En pratique, ces deux concepts s’intègrent parfaitement. Là où il y a les limites de l’un, l’autre prend le relais et cela dans les deux sens.

La médecine conventionnelle est prodigieuse, miraculeuse, mais elle reste limitée à traiter la maladie et pas vraiment le malade. On se rend compte que la maladie c’est bien plus que l’organe, la bactérie, le virus. La maladie est quelque chose qui fait partie de la vie d’un être humain. Or l’être humain est multidimensionnel. Il a une dimension personnelle, sociale, familiale. Il est intégré dans un environnement et dans le cosmos. La maladie touche toutes ces dimensions.

Comment expliquez-vous l’évolution des mentalités ?

Avec la mondialisation, les gens ont un accès inédit à des informations et à des systèmes culturels différents. Ils ont connaissance des pratiques complémentaires tel le yoga issue de l’Inde, ou la médecine traditionnelle issue de l’Asie de l’Est. Cela permet aux gens de créer leurs propres hybridations des connaissances et des pratiques mondialisées. Ce changement des mentalités est intimement lié à la mondialisation. Elle a tendance à transformer des pratiques culturelles en produits génériques consommables sur le marché international. Aujourd’hui dans le monde occidental il y a également une insatisfaction croissante des patients. Parallèlement, il y a un mouvement contre le système médical dominant. Cela rappelle le mouvement de contestation politique sociale et culturelle des hippies aux Etats-Unis dans les années 60.

Maintenant la technologie provoque une compression du temps et de l’espace. On peut vivre et fêter le même événement en même temps partout dans le monde (ex : Coupe du monde footballistique). De nos jours, on est beaucoup plus connectés qu’avant. La vie est plus rapide, plus stressante pouvant conduire à un burn out. Même si paradoxalement on est plus déconnectés du monde qui nous entoure.

La clientèle des thérapeutes de médecine complémentaire est devenue monsieur ou madame tout le monde. Actuellement on parle beaucoup de risques et de peurs dans la société. Ils engendrent des souffrances et des changements de mentalités. Maintenant on veut être en bonne santé, or la bonne santé n’est plus entre les mains des seuls médecins.

Quelles sont les avancées des médecines complémentaires en France ?

L’Appel de Montpellier en mars 2019 est une déclinaison française du Berlin Agreement du 5 avril 2017 pour les médecines complémentaires. Il a été présenté à la faculté de médecine de Montpellier pendant la conférence ICEPS. Cet Appel, a été signé par des acteurs clés de la recherche et de l’évaluation des médecines complémentaires en France, à l’attention des autorités publiques. Ils ont proposé 9 actions prioritaires pour clarifier, structurer et promouvoir l’ouverture de la médecine conventionnelle française à une approche intégrative.

Cette démarche et son accueil positif et passionné lors de sa présentation publique montrent la même évolution favorable des médecines complémentaires. Je l’ai expérimentée tout au long de mon travail de terrain ethnographique en France. Par ailleurs, lors de cette conférence de l’ICEPS, j’ai fait une intervention sur les médecines complémentaires.

Toutefois il faudra faire preuve de créativité en France, car aux Etats-Unis les patients sont habitués à payer leurs soins. Il faudra sûrement innover dans la manière de communiquer avec les patients. Il faudra aussi revoir la manière de les prendre en charge, de former les professionnels de santé et d’adapter le système sanitaire. Mais surtout il faudra repenser notre conception de la maladie, de la santé et des rôles des médecins et des patients pour avoir une approche médicale adaptée aux défis sanitaires actuels.

Quelles perspectives d’évolution pour les médecines complémentaires en France et en Europe ?

Il me semble qu’on est sur la bonne voie dans les facultés de médecine. Il y a effectivement de plus en plus de formations universitaires sur les médecines complémentaires. Par exemple, on peut citer le DU de Médecine Traditionnelle Chinoise à la faculté de médecine de Paris 6. Il faut aussi souligner le travail sérieux du DU de méditation de la faculté de Médecine de Nice et les colloques de l’OMCNC.

Mais la récente polémique autour de l’homéopathie indique qu’il reste encore un long chemin pour arriver à un véritable changement ontologique. C’est à dire pour ouvrir la vision de la médecine vers une vision holistique de la santé de l’être et de son existence dans son cadre de vie et son environnement.

*médecine basée sur des preuves scientifiques provenant d’études cliniques.

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